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Présentation générale (par Sylvie De Meurville) Entre sculptures, dessins, écriture et performances, Anne Zimmermann s'interroge sur le monde dans lequel elle évolue en remontant à sa source. En créateur démiurge, elle tente de redistribuer les cartes pour nous entraîner à l'aube d'une nouvelle ère dans laquelle les molécules auraient effectué d'autres rencontres et assemblages. Terre, animaux, végétaux, les genres se mélangent pour se ré-inventer. Les créatures qui en résultent soulignent le caractère monstrueux de la nature, bien loin de l'aspect tranquille et joli sous lequel la publicité tend à nous le présenter. Ces hybridations et changements d'échelles improbables, souvent exprimés en sculpture, sont illustrés dans les dessins et gravures . Anne Zimmerman présente également les nombreux textes conçus pour les chansons qui accompagnent ses performances. Elle a réuni ces écrits dans un opus dont le titre "Peau et truie", sous forme de calembour polysémique, nous fait comprendre immédiatement l'ironie de l'auteur sans dissimuler la précision de son langage et son vrai sens poétique. Ses différents axes de travail sont évoqués au fil des chapitres, de la nature aux dieux, en passant par Paula Orpington, (la poule dans la peau de laquelle Anne Zimmermann s'est glissée pendant plusieurs année), et aussi la fille, la famille, l'artiste,...Une écriture sarcastique, crue et parfois cruelle, qui n'épargne ni le lecteur ni l'auteur. Entre humour et réalisme, cet art grinçant révèle une souffrance évidente de la perte d'idéaux. Anne Zimmermann écrit à la fin de l'opus qu'elle aurait pu l'intituler "Des-illusions" |
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| Née en 1973 à Mulhouse, Anne Zimmermann a fait une maîtrise d'arts plastiques à l'Université Marc Bloch de Strasbourg. Elle expose depuis le début des années 2000 des travaux principalement en volume, composés de matériaux divers, végétaux, terre ou fragments animaux et artificiels, et basés sur une observation et une interprétation du monde vivant, animal et végétal interrogeant le rapport que l'homme entretient avec son environnement (Espace Lézard, Colmar, 2000, Espace Zoo, Strasbourg 2001, Jeune création Paris, 2001, 2002, 2003, 2004, le 29, Bordeaux, 2007,…) . Sans concession et souvent avec humour, ses recherches se sont aussi exprimées dans le dessin et l'écriture ; l'ensemble, en association avec d'autres artistes musiciens ou vidéastes, constitue des spectacles/performances dans lesquelles ses sculptures deviennent pour elle une seconde peau lui permettant d'adopter intimement le point de vue de l'animal. Elle a ainsi fait vivre en public pendant quelques années la poule "Paula Orpington", qui a été symboliquement "autopsiée" au printemps 2010, pour laisser place à d'autres personnages. | ||
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A propos de Paula, ma peau là (par Anne Zimmermann) Au travers de mon travail plastique je me suis intéressée à l'hybridation. Dans un premier temps j'ai exploré de nombreuses formes d'assotiations entre végétal, animal et humain. C'était là une vue de l'extérieur. Par la suite je me suis fixée sur une de ces hybridation et ai tenter de l'interroger de l'intérieur. C'est à dire quels sont ces états de conscience, quelle pourrait-être sa place dans notre société, quels seraient ses rêves, ses peurs, C'est ainsi qu'est née Paula Orpington mi-femme, mi-poule. Sous cette peau, j'explore aux moyens de performances, vidéos, photos et dessins ce que pourrait être cette conscience hybride plongée dans une fiction sociale. Il s'agit de vidéos / photos / performances traitant de l'état de conscience d'un être hybride (Paula Orpington) totalement indéterminé dans son identité et qui cherche à la trouver par une tentative d'ultra conformisme aux comportements humains. Nous présentons la quête insensée de cette créature composite, une " femme-poule ". Un être hybride poursuivant un but chimérique stérile ; c'est une aberration, mais cela nous permettra de toucher par son entremise nos propres aspirations et jugements de normalité et peut-être de déplacer l'aberration à cet endroit. Au cours de ses inlassables tentatives, elle sera à la fois drôle, émouvante, pitoyable, ridicule, effrayante et sa chute toujours prévisible. Un des buts est de déclencher un sourire gêné chez le spectateur. En effet, pourra-t-on rire de cela ? Car ici le rire devient malsain et exutoire. On ne peut rire de cette malheureuse qu'au risque de devenir soi-même monstrueux. Le projet " autopsie " (performance et vidéo) présente la fin de ce travail plastique, la fin de mon excursion en Paula. A présent Paula est morte et son autopsie sera réalisée au cours de cette performance. Lors de cette performance les médecins légistes extraient, examinent les organes de cet être et découvrent la présence de nombreux corps étrangers. Les corps étrangers en question sont toujours en relation avec la féminité (je pousse ici le principe de l'hybridation jusqu'à l'absurde) et pointent cette impossible humanité/féminité à laquelle Paula n'a pu accéder. Il est ici vraisemblable que Paula ait tenté de s'accaparer une identité en ingurgitant des objets qui pour elle symbolisait cette féminité. Bien évidemment cela nous renvoie de manière critique à nos propres habitudes de consommateur et à la manière dont nos propres identités se constituent ou se jaugent par rapport à ces modes de consommation. Cette performance et l'installation en découlant doivent être comprises au-delà de l'aspect narratif de la vie de cet être hybride qu'est Paula. Paula est un prétexte et ses préoccupations sont toujours en échos des nôtres. Une mise en abîme où l'être confronté nous porte à nous interroger sur ce que nous avons de spécifique. L'" Autopsie " de Paula devient alors une réflexion sur la manière dont nous constituons notre identité par mimétisme à un groupe social donné où toute différence de comportement est montrée du doigt, où un défaut plastique signifie l'exclusion et où le progrès est compris comme la capacité de consommer d'avantage. |
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Ménagerie (par Laurent Lallemand. Rédacteur ARTE) Les avortons se sont donnés rendez-vous au . Une centaine " d'êtres " composés de boue végétale et de fragments d'animaux s'exhibent en une saisissante mise en scène . Des yeux, des langues, des pattes de poule, de mouton, une foule de mâchoires menaçantes, quelques oreilles, des andouillers de chamois, de chevreuil, le tout planté ça et là, sans soucis des convenances, dans des agrégats de foin, de paille ou d'asperge parfois vaguement zoomorphes. Mais qu'est-ce que cette " ménagerie " ? Freaks n'est pas loin : regardez donc celui là, il a quatre pattes pas de têtes mais cinq œils, celui-ci pas d'œils mais une mâchoire terrifiante, et l'autre là, un simple tas avec deux yeux, accompagné d'un autre tas à deux mâchoires et d'un troisième à trois pattes... Qui sont-ils ? Pourquoi ? Quel est ce sentiment étrange, cette fascination malsaine, ce voyeurisme malpolie, ce malaise qu'un sourire tente d'effacer ? Est-il sage de rire ainsi de ces choses gauches et monstrueuses, œuvre, peut-être, d'une sorcière facétieuse bien décidée à punir l'humanité de ses travers ? Là, " le moqueur " tirant la langue, ici " le témoin " distant à l'œil fixe, " le craintif " l'œil suppliant, " le sournois " l'œil fuyant, " l'agresseur " toutes dents dehors, " la victime " le corps recroquevillé la mâchoire grinçante... monde de prédation, de fuite et de crainte, au devenir incertain. Caricature ? Certainement. Des bouffons qui amusent le roi en se fichant du roi. Les sculptures d'Anne Zimmermann n'y vont pas par quatre chemins. L'effet est frappant. Mais après le premier choc, ces corps lacunaires nous deviennent étonnamment familiers, peluches macabres avec lesquelles on voudrait jouer mais qu'on ne peut saisir. Une ménagerie à la croisée des chemins du végétal et de l'animal, du faible et du fort, de la peur et du rire, de l'aversion et de l'attrait, du beau et du laid, du fini et du pas fini. Une seule chose est sûre, c'est que ce bestiaire cauchemardesque ne laisse pas indifférent. |
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L'art pue, pourrit, et grandit enfin. (par germain Roesz) De la méthode. Une oeuvre doit être un monde. "Je" dois voir le monde à l'oeuvre. Rien de rétréci, rien d'analogique, juste du voir qui se régénère. Un texte doit retourner à lui-même mais surtout, lorsqu'il parle d'un travail artistique, il doit se soumettre en toute liberté. La singularité du texte est de se conformer à l'objet de sa propre observation et dans le même temps de l'étude de son observation. Le texte doit devenir le monde que le sujet observe. Bien plus que l'attitude scientifique nécessaire c'est une posture poétique, et donc phénoménologique qu'il faut engager. Ecrire un texte sur le travail d'Anne Zimmermann oblige à l'engagement. Tout existe certes dans l'art contemporain, tout peut s'énoncer et se quantifier dans les termes du sociologique, du psychologique, du politique, etc. , tout peut se contester de la même manière. Les oeuvres accompagnent le réel, ou accompagnent le spectaculaire, transgressent les idées reçues. Cela ne constitue pas toujours l'ambition (l'arrière monde) que doit avoir l'oeuvre. L'ambition est ce projet-ci qui intéresse notre texte. L'artiste transgresse. "C'est pourquoi, ce qui s'écrit ou se dit à propos de la création plastique n'a de raison d'être que dans la mesure où peintures, sculptures, objets sont porteurs de zones d'ombres, de raisons secrètes et qu'ils dénient au spectateur la possibilité de les voir complètement, de les assimiler complètement", Anne Tronche. Notre texte sera boue. De l'histoire sans anecdote. Anne Zimmermann raconte des histoires. Son projet est de s'entourer du monde pour cerner un monde. Lent écoulement qui se régénère. Ce monde est boyau qui meurt, puis qui retrouve une autre affectation. Boyau, tuyau, tunnel, conduit, écoulement. Ce boyau là nous prend aux tripes. Plus rien de sensationnel, ni de romantique. Une prise en compte de la merde . Ce qu'elle engage est singulier et fondamentalement courageux. Elle fait retour aux odeurs, à la puanteur, à la pourriture. Elle oppose au clinique. Il s'agit de construire une oeuvre en montrant qu'on ne peut rien conserver. Elle oppose à la muséalisation . Entre plaisir et révulsion, entre désir et répulsion elle pose l'enjeu d'un danger. De l'art friable. Anne Zimmermann prend les matériaux qui l'entourent : rhubarbe, paille, terre, épluchure d'asperge, fane de poireau, patte de mouton, oreille de porc, boyau (de mouton et de boeuf). Elle choisit de vivre à la campagne. Elle perçoit une fin de la peinture, et refuse dans le même temps de rompre la tradition. Elle se déracine de la culture apprise. Elle ne la rejette pas. Elle ajoute au bouillon qu'elle fait macérer. Il y a une hésitation nécessaire et fondamentale dans le sens où sa mise en oeuvre (affecte) garde le souvenir d'expériences anciennes (elle faisait des tableaux qui combinaient textures, éléments naturels et terres cuites émaillées). Cette recherche de la peinture qui par l'utilisation d'autres matériaux (mais Dubuffet est déjà passé par là) savait qu'elle avait usé la planéité, et le trop esthétique. Essayer l'espace (plus que de faire sculpture, autre forme normée) pour que l'odeur de la peinture (nouvelle) r-emplisse la pièce. En ce sens elle a l'intuition (l'hésitation se niche là) de ceux qui quittent la frontalité (Jessica Stockholder). Un critique disait de sa dernière exposition que "l'observation attentive d'un étal de tripier ou de boucher, la vision bucolique de bottes de paille le long d'une route ensoleillée de campagne lui en apporteront probablement autant" . Voilà bien un jugement hâtif. L'auteur aurait-il oublié que l'art n'est jamais la présentation du réel ? L'oeuvre d'Anne Zimmermann donne à voir justement ce qui ne répugne pas chez le boucher et qui fait voir ce qui répugne dans ces nauséabondes peintures qui depuis longtemps ne se revivifient plus. Parce que là est la peinture (l'aporie du réel comme convention). "La peinture n'est que du cinéma, l'art n'étant que le résidu marchand d'un certain type de comportement vis-à-vis de la peinture", Gasiorowski . Elle perçoit que les critères de beauté - tant discutés - continuent de durer dans l'esthétisme festif de l'engouement artistique capitaliste. Elle refuse cette beauté là pour un avenir funeste, pour une solitude radieuse. Et ça n'est justement pas refuser le dialogue. Il faut que le public perçoive cette odeur de charogne, la reconnaisse et la fasse sienne dans son éphémérité. La boue devient rigide (stratifiée). La boue est une origine, le socle de son monde. Elle interroge ainsi la notion de socle : ce qui constitue le terrain des textes originaux comme la matière de nos origines comme la rotondité de la terre (mater) comme la déjection quotidienne. Anne Zimmermann a le courage de présenter le corps dans son tremblement, dans sa souffrance, dans son arpentage, dans son vieillissement. On pense à Eva Hesse, à Carolee Schneeman, à Gina Pane, à Kiki Smith, à Louise Bourgeois. Femmes qui plongent leur féminité dans la bouilloire des origines. On pense à ces artistes là non pas pour des raisons d'identité analogique mais bien pour des mises en procès comparables des mondes conventionnels de la création. Il y a des oeuvres qui révulsent jusqu'à l'ironie. Leur augmentation tient de cela. Elles pointent au plus près ce que nous possédons de sale, d'angoissant et d'inquiétant. Le travail de mise à distance que fait chaque individu est ici aboli. Elle use de l'animal (elle tend une oreille qu'elle dédie à une temporalité monstrueuse). Elle réinvente les gargouilles, ces vomisseuses de pluie, ces pisseuses de glace. La bave comme digestion visuelle. On brûle de voir ce qui a fermenté (ce qui a cuit et pourri nous révèle). "Ceux qui ne peuvent ni se fondre en Dieu ni dans le monde. Peut-être ont-ils à charge d'assumer la redoutable tâche de l'incessant questionnement, qui est comme une voie ouverte pour des pas plus affermis", Calaferte . Je suis allé quelquefois dans sa cave de terre battue cernée de vieux outils de ferronnier. Il eut été facile à l'artiste de renouer avec le feu, d'insuffler une nouvelle vie à l'antre de Vulcain. Mais l'abandon, la mémoire poussiéreuse, l'odeur de l'oubli font naître un autre visage. La femme artiste noue au plus profond de la cave une oeuvre de viscères. Dans des cuves macèrent des liquides verdâtres. Je suis allé dans son grenier où sèchent les boyaux. J'en ai touchés jusqu'à la surprise gluante de la rigidité à venir. La maison est un ventre bien organisé. D'étage en étage se constitue l'élaboration d'un devenir. Ailleurs la terre est cuite, ragoût de sable, serpentin de terre qui rivalisent avec les boyaux et qui s'émiettent dans l'esthétique d'une disparition. Et dehors les objets (sculptures) attendent, se heurtent, se confrontent, l'un tenant sur sa base friable, sur son colombin de terre lovée, l'autre inclinant une oreille de porc séchée, l'autre en déséquilibre, s'arqueboutant sur la même animalité mais à l'autre échelle, l'autre brisé par un vent trop fort. Anne Zimmermann s'attache davantage à l'élaboration qu'à l'objet fini. Elle modèle une statue qui brise son avenir. Elle construit une montagne qui érode son devenir. Les collectionneurs n'ont qu'à bien se tenir. Il s'agit de vivre avec un objet qui ne se collectionne pas, qui nous ressemble. Cette fragilité érigée ramène au Christ mort de Holbein . Sous nos yeux il se transforme, sa fixité se forge dans l'évolution coloristique. Sous nos yeux il nous avertit de notre humanité enfouie et à reconquérir tout le temps. Le courage d'Anne Zimmermann est de rivaliser justement avec ce qui échappe. Elle confronte la vie à la vie. Je me suis souvent demandé si ses personnages à échasses ne rappelaient pas étrangement le sablier. L'oeuvre est ici retournable. Elle fonctionne en tout sens en se saisissant de l'incontournable force du passage. L'oeuvre est radicale. Les matériaux ne sont pas travestis : "mettre de la résine (c'est-à-dire camoufler) serait subir la pression sociale". Et si l'oeuvre a une dimension surréaliste c'est pour forcer le réel à s'identifier à la mutilation du réel (les guerres par exemple). Et pour le format il faut qu'il soit toujours tributaire du monde entre-vu : jamais se le faire imposer. Le donner à voir passe-t-il nécessairement par une distance ? Et si je ne peux voir (supporter) le travail d'Anne Zimmermann, où se niche alors la distance ? Elle a un projet. Elle situe clairement une relation à la nature qu'elle n'engage pas de manière naïve. Elle ne montre pas une intériorité impudique : les tripes qu'elle manipule sont celles du champ de bataille de l'art. Elle déterre les cadavres que bien des artistes ont enfouis sous l'artifice. On saisit son regard malicieux qui rejoint celui de Gasiorovsky. La peintre renouvelle le genre de la vanité. Nous sommes peu de choses et le matériau est friable, et pourrit, et se désagrège. Et les éléments s'en mêlent : le vent culbute ces édifices instables et brise ces objets remplis de tant d'attention. Et les sens se disputent : l'odeur de la terre, l'amertume de la miction, la terreur du regard face à une couleur inattendue, et le son des craquelures du corps et de l'histoire (l'oreille du cochon est à notre écoute en une irrévérencieuse iconographie). Germain Roesz, Scharrachbergheim, janvier-mars 2000. |
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Questionnaires
Questionnaire pour le site de Claudio Parendela:
1)First of all,..can you present yourself..? Mon état civil: Je m'appelle Anne Zimmermann, j'ai 37 ans, mariée deux enfants, domiciliée en France. Je vis dans un village nommé Wittersdorf, qui se trouve près de la frontière suisse et Allemande. 2)Do you think of yourself as an artist,or what? Artiste est un terme que je refusais car terriblement galvaudé. Cependant, vu la mulltiplicité des médiums que j'utilise et l'incompréhension des gens devant des expressions telle que "plasticien", j'ai fini par me ranger sous cette dénomination. 3)What is creativity? Générer l'inattendu ou pointer ce qui n'a pas été remarqué. C'est donner a entendre ce qui n'a pas encore été entendu, c'est donner à voir ce qui n'a pas encore été vu ; ici on invente. Montrer ce que personne n'a su ou n'a voulu voir ou entendre ; là on révèle. Dans tous les cas :un risque. 4)Does your environment influence your art,either in style/format or interference? Mon travail porte sur l'interaction homme / environnement. 5)What are some of your influences and inspirations? Je n'aime pas l'idée que l'on puisse ressentir une influence dans mon travail. Je sais bien que c'est inévitable, mais c'est quelque chose que je cherche à éviter. 6)What's your favourite mediums(pen,charcoal,paint,canvas,etc…)to work in/on? Pas de médium particulier, pas de favoris, pas de jaloux. J'ai entendu l'autre jour le terme (un peu pompeux) de mix-art. J'utilise les médiums qui me semblent correspondre au mieux à un projet donné. 7)Who are some of your favourite painters/artists? Damien Hirst, Maurizio Catelan, Wim Delvoy……. 8)How long does it normally take you to complete a piece of your artwork? Certaines photos ne m'on demandées que quelques instants, la préparation d'une performance ou d'une installation, plusieurs mois. Le temps et la sueur n'ont aucune influence sur la qualité d'une œuvre. 9)What else are you interested in besides visual arts? J'aime les illustrations des livres pour enfants , particulièrement celles d'une série appelée " Martine " réalisées par Marcel Marlier, ou encore les illustration de Sarah Kay. Chacun de ces illustrateurs à sa façon, nous fait entrer dans un monde idéal et totalement conventionnel. 10)Got any new projects planned? En finir avec " Paula Orpington " (Paula est un personnage que j'ai crée, mi femme mi poule avec laquelle je travaille depuis plus de deux ans) cela prendra la forme d'une vidéo mettant en scène sa disparition. C'est difficile d'abandonner ce personnage, mais je ne veut pas m'y m'enfermer. 11)How would you describe your art to someone who could not see it? Tenter alors d'improbables boutures entres ces différents éléments comprenant évidement l'homme, peut être pour réfuter sa condition de supériorité. Créer des combinaisons, des hybridations, pour déstabiliser notre regard sur les choses. Trouver des liens par la décortication, la désarticulation, les assemblages improbables. Accepter les paradoxes et les possibilités de manipulations. Créer le rire et l'effroi, jouir d'un absurde qui ne l'est généralement qu'en surface et qui souvent devient le meilleur moyen de lire notre réel. Tout cela se traduit sous la forme de photos, photomontages, vidéos, dessins, volumes et performances. 12)What other talent would most like to have? Etre ponctuelle. 13)What are your most beloved items? J'aime les clés de ma voiture. Je les égare très régulièrement et perds énormément de temps à leur recherche. Il n'y a pas d'autre objet qui me procure (et cela avec régularité) pareil sentiment d'apaisement et de contentement que ces clés au moment ou je les retrouve. 14)Favourite books? J'ai gardé un attachement immodéré pour les livres de mon enfance. J'aime les livres d'illustration botanique, animalière les recueils anatomiques et les anthologies de poésies. 15)Do you remember the first draw you made? Le jour de la rentrée à l'école maternelle, la maîtresse nous a demandé de faire un bonhomme. Comme tous mes copains, j'ai fait un gros têtard. 16)What kind of music do you like and do you listen…And is the music importan for your art…? Tout et n'importe quoi. La musique fait partie de mon travail, pour mes vidéos j'arrange le son et au besoin crée une musique. 17)Any advice do you have for artists? Cultiver de manière obsessionnelle la remise en cause de soi et de son travail.
Questionnaire pour la faculté d'arts plastiques de Strasbourg:
1) Avez vous déjà du faire face à l'incompréhension de votre pratique qui, même si elle n'explore pas des positions extrême peut paraître sur prenante pour un public non averti et non initié à l'art contemporain ? - Généralement mon travail est compris et il m'est difficile de parler d'incompréhension. Le problème tourne davantage au niveau de l'acceptation de ce travail. Bien souvent les réactions des non initiés sont de l'ordre de la gène ou déclenches des rires nerveux. Certains se posent la question : comment une "charmante" jeune femme (c'est eux qui le disent) est capable de faire des choses aussi dégoûtantes. Réaction qui à toujours le don de m'énerver. D'autres (plus rares) prennent mon travail pour une apologie de la manipulation génétique. Ainsi une galerie dans laquelle j'ai exposé à subit des graffitis. véhément en ce sens. 2) Les prémices de votre travail plastique actuel sont-elles nées durant votre cursus universitaire ? - Oui et non. Oui car c'est au cours de mon mémoire de maîtrise que je me suis intéressée au rapport entre l'art et le vivant. Non, car ce n'est que par après que je me suis intéressée au boutures puis aux hybridations. 3) S'agissait-il d'un aboutissement d'une recherche personnelle, ou pouvez-vous avoir été - non forcément influencé - mais plutôt guidé par des sujets proposés. - Je me sens loin des sujets que l'on a pu me proposer. Cependant les démarches de travail, et les conditions de travail (la démerde) d'alors sont restées les mêmes. 4) Lorsque l'on vous demande quel est votre métier, vous définissez vous comme artiste ou autre ? - Ca dépend à qui on parle. Pour les initiés je me défini comme plasticienne. Je ne dirai pas la même chose pour d'autres personnes qui auraient tendance à confondre plasticienne avec manœuvre chez tupperware. Dans ces cas , artiste c'est tout aussi bien. Quand ils réclament des précisions, ça ouvre une discussion. 5) Avez -vous un médium favoris ou préférez vous la diversité constante des médiums dans votre travail ? - Pas de médium particulier, pas de favoris, pas de jaloux. J'ai entendu l'autre jour le terme (un peu pompeux) de mix-art. J'utilise les médiums qui me semblent correspondre au mieux à un projet donné. 6 )Comment envisagez-vous la suite de votre pratique ? - Je vais continuer à utiliser Paula. Cela pour me permettre de parler, en m'appuyant sur sa candeur et sa naïveté de sujets divers, l'art, les normes que l'on tentent de nous imposer, les hiérarchies, l'amour, la manière dont on se débrouille avec le vie et celle des autres. Et puis un jour, il faudra bien que je m'en débarrasse. D'une manière ou d'une autre, l faudra qu'elle disparaisse et fasse place à autre chose. Quoi ?, je n'en sais rien. 7) Quel rapport entretien votre art avec la science ? (on remarque une recherche quasi scientifique pour les greffes) - Il est vrai que mon travail pose question à certaines potentialités ouvertes par la sciences. Toutefois mon propos n'est pas d'être pour ou contre au nom d'une quelconque éthique, mais plutôt de nous interroger sur la manière dont des possibles créations (Paula est une possible création) vont s'agencer à notre société. En ce sens ma démarche n'a rien de scientifique car ce qui m'intéresse c'est notre capacité d'accepter ces créations, la manière dont ces créations peuvent fonctionner dans notre société. En fait mon travail est plus social que scientifique. C'est du "social-fiction" Ce qui m'intéresse également c'est d'entrer dans la peau d'une telle création pour vivre de l'intérieur son rapport au social. Ici ce serait davantage de la psycho-fiction. 8) Quelle implication à e science dans votre vie ? - La science n'a pas une implication particulière dans ma vie. 9) Quelle définition pourriez-vous donner de votre pratique personnelle ? -Travailler les matières qui m'entourent, celle que l'on nomme végétales, animales, artificielles. Comprendre leur limites, y voir une potentialité. Se situer la dedans, trouver sa place, puis chercher à bouleverser les catégories. Comprendre notre situation par rapport aux pôles de primitivité et de socialisation qui nous tiennent. Tenter alors d'improbables boutures entres ces différents éléments comprenant évidement l'homme, peu^t être pour réfuter sa condition de supériorité. Créer des combinaisons, des hybridations, pour déstabiliser notre regard sur les choses. Trouver des liens par la décortication, la désarticulation, les assemblages improbables. Accepter les paradoxes et les possibilités de manipulations. Créer le rire et l'effroi, jouir d'un absurde qui ne l'est généralement qu'en surface et qui souvent devient le meilleur moyen de lire notre réel. 10) Quelles sont vos références artistiques ? Vos modèles ? - Mattew Barney. Annette Messager, Wim Delvoy……. 11) Quelles démarches entamerez-vous pour poursuivre le cheminement de votre travail artistique ? - cf. réponse 6. De toute manière je n'ai jamais véritablement planifié. Pour l'instant je m'occupe de Paula. Je sais bien qu'un jour je l'abandonnerai au profit d'autre chose. 12) Intégrer-vous le raku dans votre démarche artistique ? Où est-ce une pratique considérée un peu à part ? - Le raku fonctionne de manière cloisonnée. Même s'il l'on retrouve des thèmes qui me sont chers, c'est aussi de jolis objets destinés à la vente, à la décoration..... 13) Pensez-vous collaborer avec d'autres artistes sur certains travaux,(par exemple les performances de Paula ) ? - En général, je travaille en solo. Les collaborations se font le plus souvent à un niveau technique ou encore avec des artistes non-plasticiens. C'est à dire des musiciens, D.J. ou des comédiens pour travailler la mise en scène. 14) Apparenter l'homme à l'animal pour Paula cela équivaut à démontrer que l'homme est un animal où alors est-ce symbolique ? -On a tous notre part d'animalité même si on la masque, et les animaux ont leur part d'humanité. La distinction me parait floue. De plus pour Paula, il y a une part symbolique non négligeable. Paula est une femme-poule, ça me permet d'aborder de manière ironique la question de la féminité. 15) Quelle est la réaction du public qui voit les performances de Paula ? - Les réactions du public sont très diverses. Souvent de manière simultanée on observe: indifférence (on en voit bien d'autres dans le milieu artistique), l'étonnement, l'effroi (ça c'est réservé aux enfants: certain se mettant à crier "maman, j'ai peur', suivi de "maman, j'ai vraiment peur"), la compassion ( ça vaut pour ceux qui se sentent victime d'exclusion, ou de racisme), le dégoût (surtout quand je mange les verres de farine), y a ceux qui partent (c'est une tarée) et bien sûr, y a ceux qui sont contents pour un tas de raisons que je serai bien en mal d'expliciter. 16) Quelle est le but dans la diversité technique (vidéos, art corporel, sculpture, performances) ? - Y pas de but dans la diversité technique. 17) Quelle est votre problématique, votre but, votre ligne de travail ? - Pour la problématique cf. réponse 9. Pour le but c'est très confus dans mon esprit et j'ai peur de m'embarquer dans de prétentieuses sentences. En tous cas je sais qu'une de mes obsession est de ne pas ennuyer les gens qui se déplacent à une expo. Les toucher, les émouvoir, voila ce que je considère comme le minimum syndical de mon travail. 18) Quel est le rapport entre chaque pratique et la thématique générale ? - Je considère que ma pratique est enfermée dans ma thématique du moment. Bien sur (et heureusement), cette thématique peut évoluer. 19) Quel support vous convient le mieux ? - Il y a toujours des supports que l'on maîtrise plus que d'autre. toutefois cela n'entre jamais dans ma réflexion par rapport à un projet. 20) Pourquoi ce rapport omniprésent à l'animal ? - Je ne sais pas, ...........j'aime les bêtes... 21) Comment intégrez-vous vos chansons dans votre travail ? - Lors des performances, ça me permet de dire du texte, de la poésie.
Questionnaire pour une étudiante de la Fac d'art plastique de Bordeaux
1° Est ce que vous utilisez toujours des doigts de poulet? ((ou est ce d'autre gallinacé?(poule, coq, dindon..))...dans Xénogreffe, performance de PAULA, couveuse, plantes.. Tout d'abord je ne sais pas s'il s'agit de poule, poulet, coq ou dinde… j'achète cela en gros et la notice en chinois. Peut importe car pour moi cela à toujours été des doigts de poules. La exactitude biologique de ce que j'utilise ne m'intéresse pas, c'est l'effet produit que je privilégie. 2° Pourquoi utilisez-vous un tel animal? quelles caractéristiques vous déterminent dans votre choix? Ce que j'utilise de la poule c'est la peau et les ergots. Ces éléments m'intéressent parce qu'ils parodient de manière troublante la peau et les doigts humains. Dés lors une confusion Humain/animal me semble possible. Cela apparaît avec les " Trophées " réalisés avec les doigts de poules et encore davantage avec le costume de Paula réalisée en peaux de poules. 3° Est-ce que pour les performances de Paula, vous utilisez des doigts de poulet? et pourriez vous m'envoyer des copies ou captures d'écrans d'une des vidéos de la performance de Paula qui vous parait la plus intéressante? Les ergots qui sont fixés aux extrémités du costume de Paula sont de la dinde. Mais comme je l'expliquait précédemment au final ce sera toujours de la poule. Détail qui pourrait vous intéresser : Pour la performance j'utilise des verres de farine. Ils sont mangés à l'issue de certaines. Il s'agit là de récompenser Paula comme une bête de foire qui vient d'achever sa prestation. 4° Paula, est une femme-poule... Etes vous d'accord avec le fait, qu'elle parodie la "poulette" (femme légère), la femme des temps modernes, la cocotte qui se pomponne avant de réfléchir? Et vous la considérez justement femme-poule et non femme-poulet (alors que c'est des pattes de poulets que vous utilisez) pour être plus en phase avec le "coté féminin" du poulet ou pour renforcer l'association de la féminité? Oui, mais avant de devenir cette parodie (dont je me sers de manière récurrente) Paula est avant tout le moyen de me glisser dans le corps de quelque chose qui est anormal et de voir, de l'intérieur comment cela fonctionne. Il s'agit là d'une expérience du handicape. La féminité chez Paula ne vient qu'après. Et cette féminité qu'elle appelle de ces vœux est toujours présentée comme un échec. Si Paula est effectivement une femme poule elle est paradoxalement bannie de la féminité comme de la sexualité car toutes ses tentatives la ramène inexorablement au rejet, aux railleries, à la défiance. 5° Comment expliqueriez vous les photomontages qui parodie Martine? et Est ce une tête de poule ou de poulet qui remplace la tête de Martine? Considérez vous, en parodiant ce livre destiné aux "jeunes filles naïves", que Martine est une sorte de livre de recettes pour devenir la petite femme modèle? Une tête de poule. Paula tente de s'intégrer à la société des hommes par la recherche d'une attitude stéréotypée , ultra conformiste. Si elle avait pu choisir c'est Martine qu'elle aurait aimé être. Par ailleurs, ce n'est pas la tête de Paula qui se retrouve dans ces photomontages mais la mienne. C'est donc qu'il y a du Paula en moi, que quelque part je partage, ou j'ai partagé (Martine nous ramène à l'enfance) le même rêve que Paula. Là ou j'ai renoncé, Paula se crispe car elle y voit la seule manière de se faire accepter par autrui. (Martine n'est elle pas aimée de tous dans un monde stable, paisible et sans tensions). J'y trouve ainsi l'illustration d'une situation doublement schizophrénique : d'une part entre moi et Paula car il y a du Paula en moi que je suis toujours en elle et d'autre part entre nous et ce qu'impliquerai de manière idéale et stéréotypé la féminité. 6° En quoi considérez-vous que la poule ou le poulet (que vous utilisez réellement ou iconiquement) peut être associé à la femme? Cela reprend les images que vous évoquiez précédemment " la "poulette" (femme légère), la femme des temps modernes, la cocotte qui se pomponne avant de réfléchir " Toutefois cela me semble d'abord incarner une posture phallocrate vis à vis de la femme.
Questionnaire pour Marina Krüger
1. Tu as suivi une formation universitaire en arts plastiques à Strasbourg, peux-tu m'en dire plus sur ton évolution personnelle et professionnelle ? Quelles sont les étapes qui t'ont menée à ton travail actuel ? J'ai entendu parler de tes premiers tableaux ou la texture et les matières utilisées étaient déjà prépondérantes, comment s'est opérée la rupture entre la peinture et ce que tu fais actuellement ? Si je peux parler de " rupture " ? En 2000, je me suis inscrite à la maison des artistes histoire d'avoir " un statut ", j'ai créé mon atelier qui se trouve à Wittersdorf. Depuis j'ai travaillé en indépendant pour différentes structures ou je propose des ateliers d'arts visuels pour enfants et adultes.( Ecole , collège, CREA, Espace 110, La fonderie, CFEJE de Mulhouse et bientôt pour la ligue contre le cancer à Colmar en partenariat avec le crac Alsace.) J'alterne les ateliers et la pratique personnelle. C'est vrai à la fac mon travail s'organisait autour de la peinture et des matières végétales et petit à petit ce travail est passé du plan au volume. C'est à ce moment que l'hybride et l'animalité sont apparus dans mes pièces. Si l'on faisait un raccourci, l'évolution c'est faite comme cela ; au départ le règne végétal, l'animal suivit d'un stade transitoire avec Paula qui est une forme l'hybridation animal/ humain et à ce jour la femme que je suis tombe le masque et j'en arrive aux différentes performances que je conte développer à l'avenir. C'est l'histoire d'une évolution. En fait ce n'est pas du tout une rupture mais une évolution, une lente maturation, une poussée, au sens propre et au figuré. 2. Quelles sont tes références artistiques, littéraires ou autres encore ? Y-a-t-il des travaux d'artistes qui t'ont inspirée ou des lectures qui t'ont influencée ? Cindy schermann pour ces photos sur la pourriture, Eva Hesse, Carolee Schneman, Gina pane, Kiki smith, Louise Bourgeois, des meufs, des œuvres engagées avec le corps, les émotions le vivant. Et puis il y a ce que je n'apprécie pas : Les démarches se prétendant soucieuses des lieux d'exposition. Le lieu certes est important dans la prise en compte de l'espace mais je trouve qu'il prend trop de place à l'heure actuelle. L'œuvre précède sont lieu d'exposition. Je ne suis pas une décoratrice d'intérieur en ce sens je ne fais pas de design. J'ajoute enfin que je suis peu sensible aux approches marquée par les détournements d'objets… 3. Dans ton texte qui explique ta démarche artistique tu mentionnes le fait que tu as recours à divers médiums tels que les installations, la photo et la vidéo, mais tu ne parles pas de tes performances et des textes que tu écris à ces fins, pourrais-tu me raconter ta façon de procéder ? J'en parle à la fin du catalogue " de A à Z " Sur une année finalement je fonctionne assez avec les saisons. Si j'ai besoin de travailler un volume, en terre en latex je vais m'y atteler au printemps été je n'aime pas travailler en hiver dans mon atelier. Les vidéos vont se créer en automne et hiver. En ce qui concerne les textes ils sont écrits durant toute l'année par petit bout ça et la. (se reporter aux textes qui se trouvent vers les dernières page de " A à Z " ) Comment te prépares-tu pour une performance ? Je n'ai pas eu l'occasion de te voir en action encore ! Ce qui m'intéresse est comment est née l'association de tes textes avec tes performances ? As-tu écris dans l'objectif de réciter ces poèmes à un public ? Mal, 15 jours avant une date je me dis que c'est vraiment une mauvaise idée de se lancer là dedans et je flippe et je ne fais rien. Une semaine avant je me dis qu'il va falloir se préparer un minimum, je fais un peu de sport et je cherche un musicien de disponible pour m'accompagner dans cette aventure. Je lui envoie mes textes pour qu'il connaisse mon univers, il me parle du sien. A partir de là chacun s'échauffe dans son coin et en général on se retrouve à répéter pendant les balances c à dire deux heures avant de passer devant le public. C'est un peu la roulette russe mais c'est pour l'instant ma façon de procéder. C'est un besoin d'adrénaline de pression qui me permet de travailler dans l'urgence, j'aime l'idée du risque, c'est très angoissant à vivre mais je me sens vivante comme jamais dans ces moments là. J'ai déjà présenté des performances répétées avec un metteur en scène qui m'aidait mais très rapidement je n'avais plus envie de présenter ce travail. 4. Dans ton travail, tu brouilles les frontières, tu décortique pour mieux assembler, reconstruire et donner vie à d'étranges créatures, je pense à ton installation du " Biotope " entre autres, par cette pratique cherches-tu à abolir cette frontière entre la nature(le monde animal) et l'artificiel(le monde fabriqué par l'homme), ou plutôt l'idée que l'homme s'en fait? Les deux. Pour moi la frontière entre nature et artifice est une pure construction théorique qui a pour fonction de justifier la posture de domination que l'homme c'est attribuée. 5. Tu aimes mettre la main à la pate, et on le comprend vite lorsqu'on voit les matières que tu utilise (de la terre, des fragments animaux, des végétaux…) et cela me renvoie forcément à quelque chose qui tient de l'essence, du primitif, de l'originel..le choix des matériaux n'est pas anodin n'est-ce pas ? Quand as-tu commencé à travailler avec ces supports ? J'ai toujours eu les mains dans la glaise. Cela me renvoie à l'enfance, plus loin à mes grands parents. Quand tu parles de primitif et d'originel cela me renvoie également à la notion de rituel qui est de plus en plus importante pour moi, particulièrement pour mes performances. 6. Connais-tu le terme de " Work in regress " de l'historien de l'art Werner Hoffman (autrichien) ? Il l'utilise notamment pour parler des travaux de Paul Klee et Pablo Picasso lorsque ces derniers ont tenté de déjouer " notre conscience et notre conditionnement " en dessinant de la main gauche par exemple, afin de revenir vers quelque chose de primitif. Il s'agit d'une proposition de retourner à l'origine pour mieux se retrouver, c'est une sorte de régression temporelle, d'autres l'appelle aussi régression thérapeutique. C'est ce que je perçois dans ton travail, tu cherches à stimuler les sens, à provoquer avec les sentiments plutôt qu'à jouer avec l'intellectuel du spectateur afin de générer chez lui une expérience sensorielle (au travers de matériaux qui appellent forcément au toucher) pour le mener à sa propre conclusion. Suis-je à coté de la plaque ou c'est bien la que tu te situe? Plus j'avance dans mon travail et vois ce que l'on expose, plus je vais me diriger vers cela. Les matières sales, la vie, le glauque, l'éphémère, m'attirent. Par contre je n'aime pas le terme " régression " car là encore en catégorisant de la sorte on pose implicitement une échelle de valeur où l'animalité, l'organique, l'informe serait très déprécié. Or, ce que je tente de rappeler c'est qu'en occultant ceci, nous nous perdons. Pour le coup, je me sens en porta faux avec les orientations récentes de l'art contemporain très soucieuse de produire des objets très manufacturés répondant aux attentes d'un marché. 7. Autrement, je m'intéresse aussi à la façon dont les artistes s'organisent dans leur univers, comment travailles-tu ? As-tu un atelier chez toi ? Comment tu procèdes ? Suis-tu des protocoles ou bien travailles-tu de manières spontanée et instinctive ? tu ne vis pas en ville si je ne me trompe pas, est-ce que tu penses que cela t'influence d'une quelconque manière ? Je n'ai pas de lieux pour travailler. Bien sur j'ai ce qu'il convient d'appeler un " atelier " dans ma maison, ça fait partie des attributs, du folklore de la posture " artiste ". On s'ennuie tellement dans un atelier. C'est rarement là que j'élabore un projet. C'est l'endroit utile pour matérialiser les choses, guère plus. 8. De manière générale peut-on qualifier ton travail d'ironique ? Est-ce une facette recherchée de ton travail ? Ou bien est-ce une constatation qui en ressort et que tu acceptes ? Non. Pour que cela soit ironique il faudrait que mon travail laisse entendre quelque chose qui soit contraire à une première lecture superficielle. Dans la plus part des cas je tente d'être aussi explicite que possible. Certes, mon travail semble souvent générer une réaction amusée mais je considère cela comme une marque de défiance. 9. Que dit-on de ton travail ? Quelles sortes de retours fait-on à propos de tes expositions ? J'entends de tout. Cela va des gens qui quittent la salle, outrés y ayant vu de la merde, une sorcière, à ceux qui rient, ceux qui pleurent ceux qui se marrent et puis la masse de ceux qui s'en foutent parce que ça ne leur parle pas car ils ont vu bien mieux ailleurs etc… En fait, j'ai de grandes difficultés à parler de mon travail au moment d'une exposition. Que chacun se face son avis. Le commentaire ou la justification de mon travail ce n'est pas mon affaire. Au final je cultive une insensibilité face aux commentaires que l'on me fait et lorsque quelqu'un vient à ma rencontre lors d'un vernissage j'oriente le plus rapidement la discutions vers un autre sujet.
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